boule noelLes catalogues de jouets envahissent peu à peu nos boîtes aux lettres pour nous donner la tendance ludique de ce Noël 2011 et, malheureusement, il n’y a aucune surprise cette année… le Père-Noël est toujours aussi sexiste. Je tiens d’ailleurs à le remercier chaleureusement  de m’épargner ainsi une analyse fastidieuse de ses catalogues. Il me suffit de mettre un lien vers l’article que j’avais écrit l’année dernière puisque absolument rien n’a changé. Les filles sont toujours condamnées à jouer les princesses dans un univers exclusivement rose. Quant aux garçons, ils n’ont pas d’autres choix que d’aimer la mécanique et les super-héros.

Généralement, c’est à ce moment-là qu’on me tient le fameux discours « c’est normal, c’est inné, tu vois le mal partout ». Eh bien, permettez-moi de vous dire que, NON, les filles et le rose ce n’est pas génétique ! Les garçons et le bleu, non plus ! C’est tout simplement une invention du marketing pour augmenter les ventes.

Courrier International, dans son n°1090, a eu la bonne idée de traduire un extrait du livre de Peggy Orenstein, Cinderella Ate My Daughter (Cendrillon a mangé ma fille), pour nous donner un aperçu de son analyse des effets du marketing sur les petites filles. Morceau choisi :

« Jusqu’au début du XXe siècle, il n’y avait pas de code couleur pour les enfants : avant l’arrivée des machines à laver, tous les bébés portaient du blanc pour des raisons pratiques, puisque la seule manière d’avoir du linge propre était de le faire bouillir. Qui plus est, garçons et filles portaient à l’époque des tenues qui n’étaient propres à aucun des deux sexes. Quand la layette a commencé à prendre des couleurs, le rose était en fait considéré comme une teinte plus masculine, une version pastel du rouge, la couleur associée à la force. Le bleu, associé à la Vierge Marie, à la constance et à la fidélité, symbolisait la féminité. On ne sait pas exactement quand ni pourquoi la permutation a eu lieu […] Ce n’est que vers le milieu des années 80, époque où l’amplification des différences d’âge et de sexe devint une stratégie clé du marketing ciblant les enfants, que le rose entra véritablement en jeu et qu’on se mit à penser qu’il plaisait forcément aux filles, qu’il était un élément de leur identité féminine, au moins pendant les premières années cruciales de leur vie. »

Peggy Orenstein, Cinderella Ate My Daughter - Traduction Courrier Internantional, n°1090

 

L’article du Courrier International faisait également part du travail de la photographe sud-coréenne JeongMee Yoon qui "interroge le rôle du marketing dans l’identification des enfants à un genre donné. […] Filles et garçons sont photographiés au milieu de leurs jouets, vêtements et accessoires, qui sont toujours soit roses, soit bleus". Vous pouvez voir ses photos sur le site www.jeongmeeyoon.com. Ces images sont frappantes. Elles montrent l’ampleur du phénomène et à quel point nous offrons un monde monochrome aux enfants.

S’il n’y avait que la couleur encore, mais souvent cette monochromie s’accompagne d’un choix sexiste des jouets. Ce sont avant tout les robes de princesses, les fers à repasser, les tables à langer, les bijoux qui sont roses. Le message envoyé aux petites filles est clair : tout ce qui est rose n’est fait que pour vous, ces objets constituent votre identité. Sachant cela, souhaitons-nous répondre à l'injonction marketing ou préférons-nous offrir de nouveaux horizons aux enfants?

Sinon, le 17 octobre, j’ai assisté aux Assises de l’IEC dont le thème ce jour-là était "On ne naît pas scientifique, on le devient". Je vous invite à lire le résumé de ces tables rondes sur le site Egalité Infos même si cela n’a vraiment, mais alors VRAIMENT, aucun rapport avec mon histoire de jouets sexistes ;-)