ZOmiroir_9850En Amazonie, il existe une tribu dont la langue ne contient pas de mot équivalant à notre « merci ». Point d'impolitesse là-dedans. Au contraire, les Zo'é ne remercient pas car, pour eux, l'entraide va de soi et ne nécessite pas de remerciement. C'est une autre logique que la nôtre, un ordre social différent qui a influencé la construction de leur langue.

Nous avons tendance à oublier que la langue française est, elle-aussi, issue d'une construction sociale. Nous l'avons apprise tellement jeunes que nous avons l'impression qu'elle est aussi naturelle que la marche or, c'est loin d'être le cas. La langue française s'est formée au fil des siècles avec comme fondement le Latin et comme influences les langues des envahisseurs étrangers. Elle a également subi des déformations dans sa prononciation et son écriture. Les hommes vivent, échangent, évoluent et modèlent leur langue au rythme de leurs expériences. Il ne serait donc pas correct de croire que le Français, tel qu'il est transmis par les grammairiens conservateurs, est un Français séculaire qu'il faut préserver comme une antiquité de grande valeur. Il ne faut pas croire non plus qu'il est innocent et sans conséquence sur nos mentalités.

Au XVIIème siècle, un certain Claude Favre de Vaugelas eut la bonne idée de codifier la langue des Français pour y mettre bon ordre. A l'époque, chacun parlait et écrivait comme il le voulait. Du moment qu'on arrivait à se comprendre, personne ne se souciait de savoir s'il fallait accorder, conjuguer ou orthographier. Un vent de liberté soufflait sur notre langue et Claude Favre de Vaugelas décida de mettre un terme à ce désordre linguistique. Il observa donc la façon de parler des aristocrates et érigea en règles les habitudes langagières de la cour.

Quand il arriva au chapitre sur accord/genre, il décréta: "Le genre masculin, étant le plus noble, doit prédominer toutes les fois que le masculin et le féminin se trouvent ensemble". D'où notre fameuse règle  "le masculin l'emporte sur le féminin". J'entends d'ici certains me rétorquer que ce ne sont que des mots, que ce n'est qu'une règle de grammaire. Réfléchissez alors au nombre de fois où nous avons entendu cette règle, au nombre de fois où nous l'avons appliquée, au nombre de fois où nous l'avons enseignée. Aucune influence, vous êtes sûrs?